L’ART CHEMIN FAISANT…28ème édition
PARCOURS D’ART CONTEMPORAIN
YOON JI-EUN
"Histoire de dédales et de fugues"
21 JUIN> 20 SEPTEMBRE 2026
VERNISSAGE —21 JUIN 14H00
Visite commentée dimanche 23 Août à partir de 14H30, rendez-vous à l'Atelier d'Estienne
Depuis des années Yoon Ji-Eun interroge la temporalité, la synchronicité des évènements sans lien, l’éclatement de ce qui semblait faire unité. L’artiste tente de donner forme à cette multiplicité qui nous échappe sans arrêt et dont nous sommes à la fois les acteurs et les tributaires. Le sentiment d’évoluer dans un labyrinthe peut nous saisir, nous manquons de perspective et de sortie. Ceci peut se jouer sur un plan intime ou bien résulter de l’Histoire avec un grand h, celle qui chamboule sans demander. En réponse à nos recherches de sens, de stabilité et d’harmonie, la vie nous offre équilibres fragiles et précaires.
Et le temps : Le présent est bien maintenant, mais dans un instant il est déjà autre. Ce présent nous la traversons peut-être en songeant au passé, voir au futur. Et simultanément, tout autour de nous, des milliards d’êtres vivent la même chose. Si l’horloge qui domine nos vies nous fait croire à une linéarité du temps, notre temporalité mentale et émotionnelle est tout autre.
Avec la distance, physique, géographique et temporelle, notre vision du vécu évolue – nous la revisitons et souvent nous la réinterprétons. L’éloignement fait naître l’impression de voir plus clair. Les fragments commencent à former des ensembles, nous avons le sentiment de percevoir un tout – et encore, peut-être n’est-ce qu’une illusion.
Histoire de dédales et de fugues est une proposition poétique et métaphorique qui place au centre le fragment, nos déambulations et nos perceptions incomplètes. Le dédale fait référence à un endroit ou situation complexe dont nous sortons difficilement et la fugue à la forme musicale dont le nom provient de l’italien fuga, apparenté à la fois à « fugere » (fuir) et à « fugare » (poursuivre). Une fugue musicale est portée par un thème qui est lancé à travers plusieurs variations se poursuivant et se transformant dans un mouvement perpétuel.
Etrangère venue de loin, la réalité de Yoon Ji-Eun présente une complexité particulière car son histoire personnelle a commencé en République de Corée pour se poursuivre depuis plus de vingt ans en France. Son œuvre reflète ainsi non seulement un présent mais également un passé qui paraît encore plus éloigné du fait de la distance quotidienne avec sa culture d’origine.
L’emploi de deux palettes, l’une au spectre complet et l’autre noir-blanche pour désigner le lointain permets à l’artiste d’établir une distinction entre types de fragments, entre types de récit.
Foisonnement et richesse de propos caractérisent l’univers de Yoon Ji-Eun. Sans hiérarchie aucune, des bribes d’images et de situations ainsi que des formes sans nom s’articulent librement sur la surface du bois stratifié, de la toile ou du plexiglas. Ces éléments semblent se déplacer et les points de vue alternent.
Loin des compositions en perspective, l’on perçoit plutôt un flux dont les composants peuvent à tout moment bouger. Qui aime écouter la musique les yeux fermés, reconnaitrait sans doute ici les sensations et visions spatiales qu’engendre cette expérience. Voix et sons séparées se rencontrent, voyagent ensemble pour se quitter ensuite et entamer aussitôt d’autres cheminements.
L’artiste débute par la création de collages de papier eux-mêmes le résultat d’une fragmentation car l’artiste découpe et déchire divers documents, magazines et journaux qui vont par la suite jouer le rôle
d’esquisses. Avec ces collages aux formes libres, elle compose utilisant tantôt tel élément, tantôt tel autre qu’elle transpose en peinture ou en dessin. Ceci exactement comme le compositeur introduirait la couleur ou l’expression spécifique d’un instrument ou d’une voix en combinaison avec d’autres. L’impression première des œuvres de Yoon Ji-Eun est celle d’un monde abstrait mais il suffit de regarder de près les fragments pour y voir un détail de paysage, d’architecture, d’un corps, d’un objet du quotidien, d’un tableau ancien, d’une lune déclinante, voir des mots… Mille récits se retrouvent ici portés par une luminosité insistante et un cycle sans fin.
L’invitation à investir plusieurs lieux dans le cadre de L’Art Chemin Faisant à Pont-Scorff a été une opportunité pour Yoon Ji-Eun d’expérimenter de nouvelles formes et matières et d’approcher son sujet sous différents angles.
A l’Atelier d’Etienne,
Des mobiles de très grand format présentent des mouvements animés par le souffle environnant. Ces mobiles se composent de découpages en contreplaqué sur lequel Yoon Ji-Eun a dessiné et peint des fragments de saynètes, de corps, d’objets, de paysages. Les formes sont irrégulières ou, au contraire, sphériques comme de petites planètes qui réunies constituent des cosmogonies. Leurs rondes légères nous offrent à tout instant une vision nouvelle.
En mezzanine un praxinoscope, vieil dispositif à tambour, pensé pour animer des images autour d’un axe central en miroir créé un petit film linéaire à partir des de visuels fixes, faisant naître l’idée d’un lien entre images fragmentés.
Dans la pièce arrière plusieurs plaques en plexi transparent forment une enfilade : Chaque plaque contient le fragment d’une image mais lorsque l’on regarde avec du recul une seule image, une figure complète se forme.
Au sous-sol des bas-reliefs en céramique évoluent sur les murs : des formes abstraites se détachent sur les arrière-plans aux couleurs fluides ; les tons sont délicats, pastels et couleurs ensoleillées alternent avec une palette plus minimale.
A la Maison des Princes,
Le vaisseau des combles accueille une installation composée de grands reliefs verticaux suspendus sur lesquels images et fragments peints et dessinés se juxtaposent. Le visiteur est invité à déambuler et à composer son propre récit à partir de ces marqueurs/stèles qui s’inscrivent dans l’espace avec monumentalité tel quelque site ancestral.
Dans l’atelier de l’Espace Pierre-de-Grauw,
Un ensemble de dessins intitulés Voyage dans ma tête témoigne d’une résidence à la Villa N’Dar à Saint-Louis au Sénégal (2020) qui a été une révélation et un choc pour Yoon Ji-Eun. Ici son monde est devenu fluide, inondé par la lumière aveuglante. S’y lit son empressement de saisir une vie si différente – couleurs, odeurs, rythmes, détresse – et les impressions d’une ville où le passé est encore très présent.
Le souterrain
Sur le chemin du manoir, l’on découvre le passage souterrain transformé en dédale : dix rideaux représentent les strates accumulées de l’existence. En repoussant ces tissus peints d'images fragmentées, le spectateur incarne le cheminement d’une vie, une lente progression silencieuse à travers la confusion.
Au Manoir de Saint Urchaut,
Yoon Ji-Eun investit la pièce sombre du rez-de-chaussée avec une série de pièces en plexiglass gravées et peintes qui comportent également des éléments de collage. Des projecteurs dirigés vers les œuvres créent un jeu d’ombres sur les murs faisant ressortir les contours créés par les lignes gravées. Le regard est défié par l’obscurité ; sa vision n’est que partielle… L’ombre projetée porte un récit d’une autre nature que celui qui se voit à peine sur les œuvres entreposées. Deux aspects d’une même réalité se perçoivent simultanément.
Maria Lund
Yoon Ji-EUN est représentée par la galerie Maria Lund
Réalisation et diffusion d'un film documentaire sur Yoon Ji-Eun dans les Combles de la Mairie réalisée par Élisabeth Coronel, réalisatrice.
Yoon Ji-Eun est représentée par la galerie Maria Lund
Horaires d'ouverture :
Du mardi au dimanche - 13h30 à 18h30
Gratuit
Crédit photographique Stéphane Cuisset